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Connecter les besoins aux solutions
Connecter les besoins aux solutions

Pourquoi un studio logiciel a écrit un livre

Pourquoi un studio logiciel a écrit un livre

Le 16 octobre 2025, en compagnie de 20 co-auteur·trices je déposais mon premier livre à la BAnQ.

Son titre? “Enfin : des milieux de travail plus humains et durables : un guide collectif”

Un livre rempli d’outils auto-portants sur le mieux-être au travail.

Dont mon propre outil, sur le courage et le climat de confiance.

Je ne suis ni expert en ressources humaines, ni en santé mentale, ni en gestion du changement. Je construis des logiciels depuis 35 ans.

Alors pourquoi un livre, et surtout, pourquoi celui-là?

C’est ce que j’aimerais partager aujourd’hui.

Une histoire ancrée dans la commercialisation de Confides

L’histoire du guide a commencé alors que je faisais une nouvelle campagne autour de Confides pour entrer dans les bureaux des gestionnaires des entreprises québécoises.

Mes premières conversations et recherches m’avaient confirmé que les dynamiques qui empêchent un employé d’aviser son patron dans une situation sensible sont les mêmes qui empêchent la population de contacter les organismes en santé qui utilisent Confides.

La peur d’être identifié, jugé et pénalisé.

Avec une complication supplémentaire: beaucoup de gestionnaires ne sont pas outillés à recevoir un message rapportant des situations sensibles dans l’entreprise.

J’ai donc cherché une solution. Voici celles que j’ai explorées.

L’IA jugée trop risquée

Mon premier réflexe a été d’imaginer un petit agent à même l’interface de Confides pour accompagner le gestionnaire dans la résolution des conversations anonymes reçues.

Suggérer des pistes à explorer ou même des brouillons de réponses basées sur les meilleures pratiques de l’industrie.

Quelque chose qu’on avait envisagé développer pour supporter les professionnels de la santé chez nos clients existants. Les mêmes professionnels qui m’ont permis d’éliminer cette idée.

En 2024 quand j’ai présenté l’idée aux sexologues présents au 5e colloque “Sexualités et technologies”, la réponse a été unanime: “oui à une IA qui nous accompagne, non à une IA qui répond ou même suggère une réponse à ma place”.

Pourquoi? Le risque de faire des dommages est trop grand.

La situation est facile à imaginer: le gestionnaire reçoit un message décrivant une situation sensible. L’IA suggère une réponse, le gestionnaire l’envoie.

Sauf que ni lui ni l’IA n’ont vu ce qui manquait au contexte. Et la personne à l’autre bout reçoit une réponse qui sonne juste, mais qui passe à côté. C’est exactement le genre de dommage qui ne se répare pas.

L’idée d’utiliser l’IA a donc été abandonnée.

Restait le problème de fond: comment outiller le gestionnaire au moment où il en a besoin?

Le piège du marché biface

Ma deuxième idée était plus prometteuse en apparence. C’est aussi celle que j’ai vue échouer des dizaines de fois dans l’écosystème startup: Un marché biface. Pense eBay, Uber, Meetup.

Pour Confides, le marché biface aurait consisté en un répertoire de professionnels que le gestionnaire pourrait contacter au besoin. Psychologues, avocats, médiateurs, experts en gestion de crise, tous accessibles directement dans la plateforme, au moment où le besoin apparaît.

L’enjeu du marché biface est simple: il faut qu’il y ait assez de tout pour tout le monde. Assez de clients potentiels pour les annonceurs. Assez de fournisseurs potentiels pour les clients.

Pour que ça fonctionne ça prend une masse critique des deux côtés, et ça ne se crée pas par magie: il faut commencer par en parler, par recruter du monde avant même que la plateforme existe vraiment.

Parler aux gens, c’est un prototype de solution. Moins cher à créer, plus facile à modifier, et les hypothèses qui ne tiennent pas après dix conversations n’ont jamais besoin d’être développées.

J’ai donc commencé à en jaser autour de moi. À valider mon idée tout en recrutant des professionnels potentiels pour le répertoire.

Je n’avais vraiment pas prévu ce que j’allais découvrir dans ce processus.

D’un répertoire de professionnels vers un collectif d’écriture

Au fil des conversations, j’ai découvert un fil conducteur.

Que ce soit Nancy Larose comme médiatrice ou Habib Abi Khalil qui utilise le jeu comme levier de connexion humaine. Nous sommes tous arrivés à la même conclusion: chacun de nous voit dans nos interventions en entreprise plusieurs problèmes à résoudre et ne détient qu’une petite partie de la solution.

De ces échanges est née une question que j’ai commencé à tester: qu’est-ce qui se passerait si nous mettions nos expertises en commun pour outiller nos clients respectifs.

Comment? Pourquoi pas un livre.

L’idée a germé lentement, entre les conversations. Jusqu’à ce que Nancy, une des premières professionnelles à qui j’en avais parlé, me relance un jour avec cette phrase: ”Quand est-ce qu’on commence ce projet-là?”

À partir de ce moment-là, ce qui était une hypothèse à tester est devenu un projet à livrer, et les conversations que je menais pour valider une idée sont devenues les premières conversations d’un collectif en formation.

Juste assez de logiciel

Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient ils m’auraient suggéré des solutions similaires à celles que j’ai envisagé. C’est en les écoutant ensemble, en laissant les conversations se croiser, et en laissant trente-cinq ans d’expérience faire le tri, que la bonne solution a fini par se dessiner.

Le hic c’est que c’est tentant de créer des solutions complexes juste parce qu’on en est capable. Juste parce que c’est plaisant.

Pourtant j’ai cette phrase de St-Exupéry qui me revient constamment en tête: “la perfection est atteinte non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter mais quand il n’y a plus rien à retrancher.”

Je cherche depuis quelque temps comment nommer ça. Je crois que ça donnerait quelque chose comme: juste assez de logiciel, pas un bouton de plus. La méthode qui nous indique quand construire est la même qui nous indique, parfois, quand ne pas construire.

Je n’ai pas commencé en voulant écrire un livre. Mais quand le processus indique un livre, on écrit un livre.

Si tu veux découvrir le guide, il fait 106 pages, est gratuit et disponible sur de9a5.org.

Aller plus loin avec Alfred

L’IA a la réputation de répondre. Nous la trouvons plus utile quand elle questionne. Pour chaque entrée de ce blogue, nous demandons à Alfred, un assistant IA, de lire et de  générer des questions qu’il trouve qui méritent d’être creusées. Voici les questions qu’il a posées, et les réponses de l’auteur.

À propos de la logique du « dommage irréparable »

Alfred: La logique du « dommage irréparable » — celle qui vous a fait écarter l’IA pour les conversations sensibles — semble faire beaucoup de travail dans le texte sans être nommée. Est-ce un critère que vous appliquez systématiquement aux décisions de construction chez M2i3? Et si oui, qu’est-ce qui se passe quand le mode de défaillance est inconnu plutôt que connu-mais-irréparable?

Jean-Marc: Oui, c’est un critère, et ça fait même partie de nos valeurs corporatives. La responsabilité éthique: nos outils doivent être bienveillants et ne pas pouvoir être utilisés à mauvais escient. L’humanisme, qui nous demande de partir des réalités concrètes des gens plutôt que de ce qu’on est capables de construire.

Nous adoptons une posture de security & privacy by design, dans une démarche d’ingénierie logicielle responsable, afin de réduire au minimum les risques de dommages (sécurité, confidentialité, impacts métier).

Mon réflexe par défaut, quand le mode de défaillance est inconnu: ralentir. Construire plus petit. Rester proche de l’utilisation réelle. Opérer le produit assez longtemps pour que les modes de défaillance deviennent connus avant de scaler quoi que ce soit. 

Sur les trois rôles de la conversation

Alfred: Vous décrivez les conversations à la fois comme outil de validation, comme prototype de solution, et comme mécanisme de découverte d’une solution autre que celle anticipée. Trois rôles distincts. Comment savez-vous, dans une conversation donnée, lequel des trois est en train de se jouer — ou est-ce que vous le découvrez seulement après coup?

Jean-Marc: Parfois je le sais, plus souvent je m’en rends compte après coup. Le plus difficile c’est de continuer à avoir des conversations où on laisse les vrais réponses émerger.

The Mom Test de Rob Fitzpatrick a été mon meilleur outil pour apprendre la différence. La règle du livre est simple: ne demande pas aux gens ce qu’ils pensent de ton idée, demande-leur comment ils vivent leur problème aujourd’hui. Ça enlève à la personne la chance d’être polie, et à toi la chance de pêcher une validation. 

Ce que « studio logiciel » veut dire, après un livre

Alfred: Trente-cinq ans de logiciel, et la contribution la plus récente du studio est un livre papier. Est-ce que ça déplace votre rapport à ce que veut dire « studio logiciel »? Ou est-ce que le livre s’intègre sans friction dans votre conception de ce que M2i3 fait?

Jean-Marc: Ça le déplace un peu, oui. Mais moins qu’on pourrait penser. M2i3 connecte les besoins aux solutions depuis 2005. Généralement les solutions existent déjà. C’est essentiellement ce que nous avons fait avec ce livre.

Le compagnon non-logiciel comme patron

Alfred: Confides + livre, ça ressemble à un produit logiciel et son compagnon non-logiciel. Est-ce que vous voyez ça comme un patron applicable à vos autres produits? Gertrude, La Zoom Zone, Virtuants ont-ils chacun un compagnon non-logiciel qui dort quelque part en attendant qu’on le tire de là?

Jean-Marc: Les compagnons non-logiciel existent déjà. Il suffit de penser au site web, aux micro-publications sur les médias sociaux, aux séquences de courriels de bienvenues, aux infolettres. 

L’économie du studio qui choisit de ne pas construire

Alfred: Quand un client vient vous voir avec un problème dont la meilleure solution n’est pas du logiciel, comment ça se passe concrètement? Vous le dites au client, vous construisez quand même, vous référez ailleurs?

Jean-Marc: Lorsqu’on client approche M2i3 pour un problème nous prenons d’abord le temps nécessaire pour bien comprendre la situation. Et si la solution n’est pas un logiciel le client le réalise généralement au cours de la discussion. C’était vrai il y a 20 ans et c’est encore plus vrai maintenant que nos outils incluent l’intelligence artificielle et que celle-ci sert souvent de prétexte pour démarrer la conversation.